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Des bactéries pour trier les terres rares
J’ai proposé ce sujet à la rédaction du magazine Allez Savoir! de l’Université de Lausanne. Destiné au grand public, ce titre paraît trois fois par an en version papier et vise à valoriser des recherches menées à l’Unil, avec une attention particulière portée à leur impact sociétal.
L’idée de cet article est née à la suite d’un échange avec la professeure Yolanda Schaerli, que j’avais déjà rencontrée dans le cadre d’autres interviews. Elle encadre chaque année une équipe d’étudiantes et d’étudiants en biologie qui participe au concours international « iGEM », dédié à la biologie synthétique. L’édition 2025 portait sur un projet de recyclage des terres rares — un sujet qui m’a immédiatement interpellée par son actualité. Ces éléments sont indispensables à la fabrication de technologies électroniques et se trouvent au cœur d’enjeux géopolitiques majeurs, notamment en raison de la forte dépendance européenne vis-à-vis de la Chine, ou comme l’illustrent les débats autour du Groenland.
Si ce contexte constituait un point d’entrée évident, mon choix a rapidement été de déplacer le regard. Plutôt que de traiter un énième sujet centré principalement sur les dimensions politiques et techniques des terres rares, j’ai voulu me concentrer sur celles et ceux qui portaient ce projet singulier : montrer que derrière une thématique hautement stratégique se trouvent de jeunes biologistes encore en formation, capables de développer des solutions concrètes à des enjeux brûlants et complexes.
Au fil de mes échanges avec Yolanda Schaerli et deux membres de son équipe, j’ai été frappée par leur niveau d’engagement. Le projet avait été entièrement conçu par des étudiant·es de bachelor et de master, la professeure intervenant essentiellement comme coach sur des questions techniques. Mais surtout, le travail des jeunes ne s’est pas arrêté au concours académique : convaincus du potentiel appliqué de leur approche, ils ont pris l’initiative de rencontrer des acteurs de l’industrie et d’analyser les enjeux économiques et politiques liés aux terres rares, avec l’objectif de transformer rapidement leur projet en entreprise. Dès le départ, ils ont aussi intégré la question de la durabilité, en cherchant à développer une technologie au plus faible impact environnemental possible. Cette démarche, menée en parallèle de la fin de leurs études, m’a paru révélatrice d’une génération particulièrement sensible aux enjeux environnementaux et géopolitiques, et prête à s’emparer très tôt de problématiques complexes.
Le principal défi a été le choix de l’angle concret. Le sujet ouvrait sur de nombreuses dimensions — géopolitiques, économiques, environnementales et scientifiques — avec un risque de dispersion. J’ai donc dû faire des choix clairs pour rester centrée sur la technologie développée et les personnes qui la portent, tout en apportant les éléments de contexte actuels et nécessaires à la compréhension pour un lectorat non spécialiste.
Enfin, cet article a représenté pour moi un excellent exercice pour m’interroger sur la manière dont je souhaite construire un article de journalisme scientifique en cherchant à répondre aux exigences de qualité et de rigueur journalistique que j’estime essentielles – y compris dans le cadre d’un magazine édité par l’université, sans complaisance envers l’institution. C’était l’occasion de chercher le bon dosage entre vulgarisation et journalisme d’actualité : raconter l’histoire d’un projet scientifiquement innovant, contextualiser des enjeux sociétaux particulièrement brûlants, tout en mettant en lumière des personnes qui restent habituellement dans les coulisses et qui, dans ce cas précis, m’ont particulièrement marquée par leur dynamisme et leur engagement.
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Cet article paraîtra dans la prochaine édition d'Allez Savoir!, le 26.05.2026.